Derrière ce titre volontairement très provocateur, je veux pousser un énorme coup de gueule contre ce que je nomme la propagande sur Internet.
ACTA a été rejetée par le parlement européen, c’est très heureux et juste génial ( Bravo à ceux qui ont permis ceci). Mais on n’a même pas le temps de s’en réjouir que des vidéos, des articles, des appels à manifester fusent de toute part sur Internet contre autre chose : INDECT. Et non content de fustiger cette nouvelle ignominie, horreur lancée par le gouvernement, 99% des personnes qui lisent ces informations les retransmettent sans chercher une seconde à se renseigner plus loin que ce qu’on leur à dit.
INDECT, c’est quoi ?
J’ai vu des affirmations, des rumeurs sur INDECT tellement énormes que je n’en revenais pas. Alors afin de donner un autre son de cloche et de me faire l’avocat du diable, sachez qu’INDECT est un projet monté par un consortium européen et proposé en réponse à des appels d’offre de la commission européenne. Ce projet a été accepté et est donc financé par la commission européenne. Il ne s’agit en aucun cas d’une loi ou d’un projet imposé à des entreprises. Il a pour but d’automatiser l’analyse de données collectées sur des espaces publics comme des sites internet, des caméras vidéo dans des lieux publics, ainsi que vos données d’identité présentes sur votre carte d’identité ou votre passeport. Cette analyse de données permet par la suite de détecter des comportements suspects, et de prévenir les autorités compétentes, non pas pour qu’elles viennent immédiatement vous arrêter et vous torturer comme j’ai pu le voir sur une certaine vidéo, mais pour qu’elles puissent continuer l’enquête telle qu’elle est effectuée actuellement.
Ce projet n’a pas pour but de remplacer une procédure judiciaire quelconque mais de l’aider. Cela ne fait qu’automatiser ce qui est déjà fait à la mimine par des agents de police ou de gendarmerie et ainsi leur faire gagner du temps pour vous protéger.
Et derrière ?
Voilà pour le but énoncé. Bien évidemment, moi aussi je m’inquiète des dérives que pourraient amener un tel projet. Mais il faut savoir que ce projet a été soumis à un comité d’éthique comportant des organisations non gouvernementale, des universités, des services de police, des spécialistes de la protection des données… qui ont donné leur accord et qui continueront à suivre le projet tout au long de son développement. Alors à moins que tous ces organismes ne soient achetés par les méchants gouvernements, je pense qu’au bout d’un moment on peut commencer à leur faire confiance. À aucun moment il n’a été question de fouiller nos ordinateurs personnels sans accord ou de ficher votre ADN comme j’ai pu le lire quelque fois. Sur le site du projet, on peut trouver un ensemble de déliverables dont ceux correspondant aux problèmes éthiques soulevés, et il y est bien précisé que si le site mentionne des données personnelles, ce sont des données factices car il s’agit d’un projet de recherche, et qu’aucune donnée nécessitant l’accord préalable d’un juge ne sera utilisée. Le projet se concentre sur des données publiques.
Ensuite, les projets européens ont pour but premier d’aider au financement de la recherche en Europe. Très peu de projets donnent lieu à des réalisations concrètes et effectives. En interdisant ces projets, c’est aussi la recherche en analyse vidéo, en intelligence artificielle et autre que l’on pénalise. Après, je suis d’accord que «l’excuse» de la recherche ne permet pas tout, mais il faut aussi y penser.
Enfin, j’ai pu lire que ce projet était passé « en douce » en 2009 et qu’il n’y avait que très peu de documents disponibles dessus, ce qui montre bien une volonté de maintenir la populace dans l’ignorance…
Des centaines de projets européens sont soumis, acceptés, financés et développés par an sans que personne n’en sache rien. Donc non, INDECT n’est pas passé en douce mais en suivant le processus classique de financement des projets européens. Des documents sont disponibles comme pour tout projet européen. Un bon nombre de documents sont en accès directs sur le site Internet du projet, dont les descriptions des méthodes de détection de sites web suspects, la détection de comportements dangereux…
Après, on peut bien évidemment s’interroger sur le bien fondé de mener un tel projet et sur les problèmes éthiques en question. Personnellement, j’estime que si ce projet se contente de récolter des informations publiques et de permettre un démarrage plus rapide des procédures d’enquête, ça permettrait peut-être d’arrêter certains criminels avant qu’une horreur ne soit commise, dans la mesure où une grande majorité d’entre eux sont déjà connus des services de police, et que leur non arrestation est parfois due à une difficulté à retrouver et recouper l’information disponible.
Bien évidemment, s’il s’avère que la collecte d’information va plus loin que les informations publiques ou que les « arrestations » sont sommaires et fondées sur le seul résultat de l’algorithme, je serais dans les premiers à réagir. Mais de ce que j’ai lu pour l’instant, rien ne me permet de le penser.
On me dira, « mais pense à ce que certaines entreprises ou gouvernements pourraient faire de telles recherches ! ». Je répondrais en retour que personne ne va en vouloir à Einstein d’avoir découvert la fission de l’atome… et pourtant on en a fait la bombe nucléaire.
La joie de l’hyper-communication
Si je me suis faite un peu l’avocat du diable dans cet article, c’est surtout pour appuyer une conséquence potentiellement néfaste de ce que l’on peut appeler l’hyper-communication grâce à Internet. En gros, et ceci est valable pour toute information et non pas que pour INDECT, il faut arrêter de croire que les gouvernements sont tous des grands méchants qui conspirent en douce pour vous ruiner la vie et que ceux qui dénoncent leurs « magouilles » et « défendent le peuple » sont les beaux chevaliers blancs. La « propagande » peut venir de tous les côtés, puissants comme anonymes, et elle est tout aussi dangereuse… La manipulation de l’opinion publique est aujourd’hui beaucoup plus facile sur Internet car tout le monde peut dire à tout le monde ce qu’il pense… Avant de dire qu’on n’a aucune information car c’est ce qu’on vous a dit, cherchez ces informations. Avant de dire qu’un truc est scandaleux, lisez les documents venant des différentes opinions et construisez-vous la votre.
Ne laissez pas les autres interpréter pour vous.
Pour ceux qui accepteraient de lire ce que les grands méchants disent de leur projet, la page officielle est ici.
Pour ceux qui veulent savoir comment les Anonymous interprètent ce projet, la vidéo est ici.

2 commentaires
Gilles Berger Sabbatel
24 octobre 2012 à 13 h 46 min (UTC 2) Lier vers ce commentaire
Enfin quelqu’un qui a fait travailler plus de trois neurones sur Indect!
On pourrait ajouter qu’un budget de 15 millions d’euros, suffisant pour un projet de recherches sur 5 ans, serait dérisoire pour une mise en oeuvre d’un système de surveillance généralisé! Par exemple, le financement obtenu par la seule équipe française travaillant sur le projet représente le salaire d’un chercheur travaillant à mi-temps sur le projet…
Je précise aussi que la vidéo qui semble avoir déclenché tout le buzz autour du projet n’est qu’un délire de membres polonais du projet qui semblent regarder trop de séries TV américaines… Et le pire, c’est que si elle a fini sur Youtube, ce n’est pas vraiment qu’elle a fuité : elle avait de toute évidence vocation à être diffusée… même si c’était une mauvaise idée, parce que cette vidéo n’est pas vraiment représentative des objectifs du projet, et donne lieu aux interprétations les plus délirantes.
Enfin, quand le projet parle d’accéder au contenu « d’ordinateurs individuels », il ne s’agit pas de s’introduire sur l’ordinateur de n’importe quii! D’abord, il y a des lois qui l’interdisent, et ensuite, ce n’est pas si facile que ça, sinon tous nos ordinateurs seraient piratés! Il s’agit plutôt de données qui pourraient être collectées sur des ordinateurs bien identifiés dans le cadre d’une enquête, qui auraient été saisis, ou sur lesquels un accès aurait été obtenu par voie de justice…
bugNeurone
8 novembre 2012 à 16 h 12 min (UTC 2) Lier vers ce commentaire
Ma réponse a un peu de retard, mais merci pour ces précisions (et pour le compliment : j’ai plus de trois neurones \o/ ).
Quand je relis cet article je me rends compte qu’il a un ton assez dur et énervé, mais j’en avais tellement marre de tous ces commentaires recopiés à la va-vite parce qu’un site l’a dit, de ces « Gouvernements = Grands méchants » et « Bouuuuuh, on n’a plus de liberté »…
Ceci dit : je me pose une question, peut-être auriez-vous la réponse : des sites proposent d’envoyer des mails aux eurodéputés contre INDECT… Mais qu’ont à faire les députés EU là dedans ? C’est un projet de recherche, pas une affaire législative. Il me semble qu’ils n’ont aucun poids dans le processus de décision de financement (ou peut-être juste consultatif). Et lorsqu’un projet européen est lancé, il ne peut pas être arrêté / annulé comme ça, si ? Est-ce que je me trompe ?